| CRI DU COEUR D'UNE MEDIATRICE EGLISE-REFUGIES (AVRIL 2004) | ||||
| Ce texte en guise de cri du coeur nous a été remis par Brigitte Zilocchi, médiatrice Eglise-Réfugiés et aumônier des Immigrés Réfugiés, Lausanne:
Les personnes qui viennent en Suisse après le 1er avril et qui auront une « Non entrée en matière », recevront après un recours éventuel de 5 jours, une carte journalière CFF pour quitter la Suisse au plus vite. Les personnes se trouvant en Suisse depuis de nombreuses années et étant touchées par une « Non entrée en matière », devront quitter le territoire Suisse rétroactivement. Il s’agit environ de 8000 personnes en Suisse, environ 1000 personnes pour le Canton de Vaud. A ce jour, autour des 500 cas ont déjà été réglés, soit par des renvois, soit par des disparitions, mariages, etc. Restent encore env. 500 personnes qui devront quitter les structures de la FAREAS. De ces 500 personnes, 276 personnes disent ne pouvoir rentrer chez eux, justement parce que leur pays est encore en désordre ou en conflit avec un autre pays (Congo, Erythrée, Ethiopie, Somalie), ou parce qu’il n’y a pas de papiers d’identité (ce qui pourrait aussi dire que la personne a une vraie demande d’asile) ou encore pour tout autre motif qui rend un départ difficile. Les autorités savent que ces personnes ne pourront pas être renvoyées, même pas sous contrainte. Cependant, les mesures devront être appliquées, dès que « l’Entrée en force » (EF) est signifiée. Depuis le 8 avril 2004 toutes les personnes concernées ont reçu une lettre leur signifiant qu’elles devront bientôt partir des structures d’accueil et de la Suisse. Personne ne comprend ce qui arrive et toutes les personnes rencontrées sont complètement désorientées et ne savent plus quoi faire. Les premières personnes qui devaient quitter la structure sont venues au « Point d’Appui », sans savoir quoi faire, où dormir, comment manger etc. A Lausanne il n’y a qu’une cinquantaine de lits entre la « Marmotte », le « Sleep-in » et éventuellement le « Parachute ». Voir les quelques témoignages de personnes que Brigitte a recueilli depuis le premier jour (19 avril) : Ces quelques exemples parmi beaucoup, pour dire que des hommes et des femmes viennent pleurer dans les bureaux des médiateurs, pleurent lors de visites à domicile et les médiateurs sont désemparés, tristes, scandalisés, révoltés.... Les médiateurs ont mis sur pied une permanence de soutien pour faire un début de travail de deuil avec les personnes qui viennent, pour expliquer ce qui arrive, pour dire les perspectives d’avenir. Les personnes dont la rentrée au pays est possible, devront partir d’ici la fin d’année ou vont disparaître dans la nature, ce qui arrange le plus les autorités fédérales. Grâce à de nombreux collaborateurs amis, les médiateurs ont accès à des documents confidentiels qui leur permettent de travailler avec ces personnes, de faire un bout de chemin avec elles, de les renseigner au mieux pour éviter un choc encore plus grand. Mais, le scandale reste. Les médiateurs sont des ministres d’Eglises et ne savent pas quoi faire. Ethiquement, mettre des êtres humains dans une condition pareille n'est pas soutenable. A ce jour, la structure que le Canton a promise est en voie de réalisation, mais cette structure pourra être utilisé par ces personnes entre 1 et 5 jours seulement. Comment vont vivre les 276 personnes qui ne peuvent pas être renvoyées? Vont-il vivre dans la rue, tomber dans la mendicité, partir, voler, se suicider, frapper aux portes des Eglises, des centres des paroisses, des cures... Les hommes et les femmes côtoyés sont des personnes dignes, courageuses. Mais actuellement, vu leur statut précaire, ils sont brisés par la volonté de la Confédération, dans l'unique but de faire peur à tous les autres qui pourraient éventuellement venir en Suisse... Brigitte Zilocchi, médiatrice Eglise-Réfugiés et aumônier des Immigrés Réfugiés, Lausanne
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