UN REFERENDUM POUR L'HISTOIRE
Les conseillers nationaux radicaux et PDC ont-ils perdu toute valeur humaniste ? La grande majorité d'entre eux a en effet suivi, tête baissée, quasiment l'ensemble des propositions de l'UDC pour durcir encore plus la loi sur l'asile. Une seule n'a pas passé la rampe: la suppression de l'aide d'urgence qui avait d'ailleurs été jugée anticonstitutionnelle par le Tribunal fédéral. Et même sur ce point, des radicaux ont voté avec les démocrates du centre. Parmi eux, deux Vaudois: Charles Favre et René Vaudroz. Le vote de l'ancien conseiller d'Etat peut surprendre. En décembre dernier, il avait en effet cosigné une lettre à Christoph Blocher pour lui demander de procéder à un examen attentif des dossiers des requérants déboutés dans le canton de Vaud

.Mais c'est surtout la position d'un autre radical vaudois qui surprend. Yves Christen a participé à plusieurs mobilisations contre le renvoi des « 523 ». Une fois sous la Coupole fédérale, a-t-il perdu toute sa sensibilité ? L'ancien syndic de Vevey a voté contre l'admission humanitaire. Et il s'est abstenu sur la non-entrée en matière pour les personnes sans papiers d'identité et le prolongement de la détention en vue d'une expulsion. Pourquoi un tel changement ? Pas de doute, la direction du parti a donné des consignes extrêmement strictes à ses conseillers nationaux.

Yves Christen le reconnaît à demi-mot: « L'asile était considéré comme un objet stratégique et l'on devait montrer notre cohésion. Eviter que des radicaux se battent contre d'autres radicaux. »
Ces propos le prouvent, le Parti radical et, dans son sillage le PDC ont choisi leur camp: celui de l'UDC. Et pour des raisons purement électoralistes, ils ont joué les autistes. Ils n'ont pas écouté le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui demandait à la Suisse de respecter la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés. D'éminents professeurs de droit ont aussi tiré la sonnette d'alarme. Sans oublier des personnalités qui ne sont ni des gauchistes ni d'éternels militants du droit d'asile. Trois exemples.

L'ancien chancelier de la Confédération, François Couchepin, membre du Parti radical, a lancé une action de lettres aux parlementaires pour leur demander simplement de respecter les droits fondamentaux. Joli succès, puisque plus de 10 000 paraphes sont arrivés à Berne. Un autre radical, l'ancien président du CICR Cornelio Sommaruga, est lui aussi sorti de sa réserve. En faisant référence à la Seconde Guerre mondiale et au blocage des frontières, il a déclaré dans Le Courrier: « On a dit plus jamais ça. Et aujourd'hui on recommence. » L'historien Jean-François Bergier a lui aussi pris position et dressé un parallèle avec 1945: « Aujourd'hui on fait la même erreur, on applique des textes à la lettre sans étudier la situation particulière des gens », déclarait-il en juin à 24 heures.

Mais tous ces sages n'ont pas été écoutés. Les radicaux et les démocrates chrétiens ont réfléchi « stratégie ». Ils savaient que, de toute manière, un référendum serait lancé sur la révision de la loi sur l'asile. Soit il émanait de l'UDC, soit de la gauche. Etant donné que le peuple devrait se prononcer en 2007, année des élections fédérales, les deux partis de droite ont choisi leur camp.

Heureusement, référendum il y aura. Certes, ses chances de succès sont quasiment nulles et les démocrates du centre, et leurs alliés, surferont une nouvelle fois sur la vague xénophobe. A moins que radicaux et PDC se rappellent leurs valeurs humanistes. Mais la Suisse ne peut pas se doter de la loi sur l'asile la plus restrictive d'Europe sans qu'il y ait un débat populaire. Et pour l'histoire, c'est fondamental.

RÉFLEXION VINCENT BOURQUIN. © 24 heures Région La Côte; 29.09.2005; page 2

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