EMPLOI RENUMERE ET DELINQUANCE : UNE FORME DE RESISTANCE
La vie des requérants d’asile est une vie fortement contrôlée et cadrée. En arrivant en Suisse, les individus sont dépouillés contre leur gré, autant par la fuite du pays d’origine que par l’accueil dans les centres d’enregistrements et par le parcours qui leur est imposé par la suite. Ils sont dépouillés d’une grande partie de ce qui faisait leur identité et leur richesse matérielle, culturelle ou encore leurs ressources personnelles comme leurs expériences professionnelles et compétences diverses. Tous ces éléments sont soit remplacés, soit simplement écrasés dans la nouvelle vie qui est attribuée aux individus transformés en « requérants d’asile ».

Ceux-ci n’ont choisi ni leur logement, ni leur travail, ni leurs voisins. Tout cela est imposé indistinctement à l’un ou à l’autre avec peu de possibilité de modification, cela tant qu’il n’y aura pas une indépendance financière des personnes leur permettant de faire leurs propres choix.L’ensemble de ces éléments correspond au caractère « totalitaire » de l’institution de prise en charge des exilés et participe à la destruction du sens de l’existence en éliminant les choix dans les différentes dimensions de la vie.

La prise en charge des requérants est très semblable à celle de certaines institutions spécialisées pour personnes marginales avec pour différence un non-désir évident de la part des dirigeants de permettre l’autonomie des personnes institutionnalisées. En effet, l’état de dépendance de cette population est terrible et nous pouvons observer aisément chez un bon nombre de personnes des états de fuite face aux responsabilités, de nonchalance, de désintérêt de la vie et de sommeil prolongé.

Dès lors, cette prise en charge des exilés entretient une forme de non-existence puisqu’elle ne peut être capitalisée en une ressource utilisable ultérieurement.

C’est pour parer à cette forme de pathologie psychosociale que l’indépendance financière par le moyen de l’emploi rémunéré est un facteur déterminant. Ce n’est peut-être pas de l’intégration, mais en tout cas un mieux vivre pour les requérants d’asile. Un emploi est promoteur de projet et permet aux individus de retrouver une forme de dignité. Il est dans le contexte de la politique d’asile en Suisse une forme de « résistance » à la structure de dépendance et d’assistanat produit par cette politique.

De manière générale, les moyens financiers sont producteurs de sens et d’identité s’ils peuvent être rattachés à un travail accompli et s’ils permettent de satisfaire d’autres besoins que ceux de manger et de se vêtir : besoin de se construire un futur (étayer ses relations sociales, formation des enfants, amélioration de la situation matérielle etc.), besoin de soutenir la famille au pays et besoin de se conférer une part de prestige et de participer à une vie sociale dans le cadre de laquelle il est possible d’obtenir une position valorisante, etc.

En un sens, le recours à des moyens permettant de poursuivre non les buts de l’institution (à savoir le stockage à moindre coût des exilés) mais des buts personnels redonne un sens à la succession des journées et recrée une identité individuelle. Je ne suis plus, comme des milliers d’autres, le requérants d’asile type qu’espèrent les autorités suisses, mais une personne qui, porteuse d’un passé unique, construit par son énergie et ses compétences un avenir constitué de projets concrets pour sa famille et pour elle-même, qui se bat pour un mieux-être.

Or une autre forme de « résistance » à la dépendance, induit par la politique d’asile, se « justifie » moralement et socialement aux yeux des personnes qui se voient refusées une existence digne et harcelée par une structure perçue comme injuste.

Ainsi, la fraude, le travail au noir et la délinquance peuvent être constructifs pour l’identité individuelle et se révèlent particulièrement bénéfique psychologiquement pour les personnes qui s’y adonnent.

Or une autre forme de « résistance » à la dépendance, induit par la politique d’asile, se « justifie » moralement et socialement aux yeux des personnes qui se voient refusées une existence digne et harcelée par une structure perçue comme injuste.

Ainsi, la fraude, le travail au noir et la délinquance peuvent être constructifs pour l’identité individuelle et se révèlent particulièrement bénéfique psychologiquement pour les personnes qui s’y adonnent. C’est l’interdit qui devient constructif pour l’identité. Mais le fait de se cantonner au strict respect des règlements, en revanche, est moins porteur de sens.

C’est un phénomène souvent constaté par des éducateurs s'occupant de jeunes ayant des problèmes de délinquance. Certaines pratiques ne sont pas perçues nécessairement comme honteuses chez les personnes amenées dans l’impasse de la précarité. Au contraire, on pourrait y voir des signes de débrouillardise et de volonté dans certaines formes de travail au noir ou de trafic de drogue. C’est malheureusement bien terrible si cette forme de résistance devient la dernière alternative pour survivre et il est clair que notre intention n'est pas de soutenir cette manière de faire. Mais comprendre ce phénomène peut nous premettre de reconsidérer notre politique migratoire, de nous remettre en question.

Une question simple se pose à ce stade : l’argent est-il vraiment le problème principal ? Il est vraisemblable que non, du fait même de la complexité des motivations qui peuvent amener les exilés en Suisse. Dans tous les cas, pour une personne qui n’a pas été totalement brisée par les évènements vécus, qui est encore en mesure d’élaborer des projets, la question de l’activité lucrative et du revenu se pose nécessairement.

Nous constatons dans nos contacts avec les requérants, que l’emploi ne représente pas uniquement l’argent et ses bienfaits mais aussi une chance de sortir du cercle vicieux de la dépendance financière et surtout la possibilité éventuelle de quitter la précarité du statut de requérant pour cela d’une autorisation de séjour et du permis B. Ces deux derniers points me semblent être particulièrement motivant pour les exilés car finalement un emploi ne leur donne pas forcément beaucoup plus d’avantages financiers que l’assistance.

Statistiques 2004, doc.pdf Point d'Appui

Interdiction de travailler, doc.pdf et pétition (pdf)

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