TEMOIGNAGE DE YAMBE (congolaise)
Je m’appelle Yambe j’ai 42ans et je suis originaire de la république démocratique du Congo (ex zaïre). Je suis mère de 6 enfants. Je suis veuve parce que j’ai été mariée à un ancien dirigeant politique. J’ai dû partir du Congo à cause des différents qu’avait mon mari avec le régime en place. Il était un politicien acharné, membre du comité exécutif du parti de M. Mobutu. Mais dès la prise du pouvoir par les rebelles, il n a pas eu le temps de s’enfuir. Dès lors il fut exécuté en 1998

Commençèrent alors pour moi et mes six enfants des périodes d’intenses cauchemars. Parmi mes enfants était née Juliette la cadette âgée aujourd’hui de onze ans. Elle n’est pas une enfant comme les autres puisqu’elle souffre d’une malformation mentale et doit être en permanence assistée. Dès la mort de mon mari, je pus néanmoins ménager tous mes efforts pour pouvoir sauver ma peau et celle de mes enfants grâce aux relations que je possédais de part et d’autre.

En 1999, je parvins à joindre des amis au Togo avec trois de mes enfants (les deux aînés et la cadette Juliette). Il m’était pratiquement impossible de déménager avec tous mes enfants faute de moyens.

Après trois mois passés au Togo, je pus enfin gagner la Suisse en août 1999 où j’ai été accueillie au centre d’enregistrement de Vallorbe. J’ai fait l’objet d’un entretien et puis j’ai été transférée dans un centre d’accueil approprié qui est celui de Crissier.

Dès lors commença un autre style de vie, puisque ma fille attardée mentale de son état devait régulièrement faire l’objet d’un suivi médical. Je dus alors entreprendre des démarches afin d’obtenir l’octroi d’un traitement médical pour ma fille et une scolarisation pour mes deux autres enfants. Ceci n’a pas toujours été chose facile puisqu’en possession d’un statut de requérante d’asile

Aujourd’hui, ma fille bénéficie des soins médicaux appropriés vu son état de santé. J’ai toujours la nostalgie de mon pays et de mes trois enfants qui sont restés avec l’une de mes cousines. Je ne pourrais pas les revoir avant longtemps, car faute d’un titre de voyage approprié. Il est vrai qu’en Suisse, je suis déjà hors de danger !

Lorsque je suis arrivée en Suisse, il y a de cela trois ans, j’avais été très bien accueillie avec mes enfants. J’ai pu m’intégrer dans le système de vie qui était très différent du nôtre.

Je suis victime parfois d’une certaine indifférence raciale. Il est parfois difficile d’affirmer sa personnalité, surtout en tant que mère seule, de ma situation sociale (requérante) et aussi à cause de l’handicap de ma fille qui n’est toujours pas acceptée par tous, souvent même rejetée.

Je n’ai jamais pu me faire accepter dans une place de travail, car je passe la majorité de mon temps à m’occuper de ma fille: Les services sociaux n’ont pas accepté d’assurer sa garde pour le temps qui pourrait me permettre de pouvoir exercer une tâche professionnelle.

Je suis néanmoins satisfaite du fait que ma fille bénéficie d’une façon généreuse des soins qu’elle n’aurait peut-être pas pu avoir ailleurs.

Je ne peux que confier mon quotidien a celui qui gère toutes nos vies pour qu’un jour je puisse revoir mes enfants restés au Congo….

Yamba, 5 mars 2004

Exclusion

Fatmir