| DELINQUANCE ET MIGRATION | ||||
| Ils font la une des journaux, les événements violents et inquiétants. Le dernier en date a eu lieu à Vevey : un meurtre en pleine rue impliquant des jeunes étrangers. Ces actes sont intolérables et inexcusables. En plus ils exacerbent des prises de position tranchées. Parce que des requérants, des migrants sont liés à ces faits, les amalgames se font, certaines communautés sont montrées du doigt. Il suffit d'être de couleur foncée ou d'origine balkanique pour être regardé de travers. Cela a pour conséquence d'augmenter la violence, la haine raciale: ce que tout le monde veut combattre, y compris la majorité des personnes migrantes. Pour notre part nous pensons que de tels événements ne s'expliquent pas en premier lieu par la provenance culturelle ou géographique des protagonistes, mais tout d’abord par des questions de précarités psychologiques, matérielles, affectives et personnelles qui peuvent affecter aussi bien des autochtones que des ressortissants d’autres pays. (Voir presse: Délinquance) En ce qui concerne ces derniers, le risque de précarité est important. Pour la diminuer, nous devons mettre l’accent sur l’accueil et l’intégration. Par exemple en donnant plus de moyens à nos structures d’accueil comme la FAREAS, pour accompagner les requérants dès leur arrivée. Il ne s’agit pas seulement d'assurer un minimum financier ou de donner un logement. Il faut mettre en place un suivi par des personnes compétentes quand au traumatisme de la migration , aux traumatismes psychologiques subis dans le pays d’origine (guerre, prison, torture, famine etc.). Les migrants ont besoin d’être accompagné dans un processus dynamique d’intégration (apprentissage de la langue, échanges culturels, offre de travail etc.), obtenir une reconnaissance sociale! Les laissés pour compte, les boucs émissaires, les fragilisés de la vie quelque soit leur origine, Suisses ou d’un autre pays sont les signes d’une société qui dérive et qui oublie de soigner ses plaies. Les actes violents sont des conséquences de l’exclusion. De toute façon, veillons à ne pas donner des explications trop simplistes. L’article du « Temps » ci-après qui évoque le meurtre de Vevey montre bien que la réalité est plus complexe. Et surtout, il ne s’agit pas d’accuser globalement et sans discernement des personnes étrangères qui pour leur immense majorité sont venu chercher la paix en Suisse.
Article du journal Le Temps: Stupéfiée par une rixe mortelle, Vevey craint l'engrenage des représailles entre jeunes violents L'amie du Cap-Verdien décédé avant-hier à Vevey lance un appel : «La violence ne mène à rien d'autre qu'à des pleurs». Après avoir mis hors de cause deux suspects, la police a formellement identifié l'un des agresseurs, un Albanais de 23 ans. Il est en fuite «J'ai un message à faire passer. Je ne souhaite à personne ce qui m'arrive, et surtout j'aimerais que les jeunes arrêtent de croire que la violence mène quelque part. Elle ne mène qu'à des pleurs. Il faut réfléchir avec sa tête, pas avec des couteaux.» Toute menue, le visage blanc, les yeux humides, L. Maîtrise sa voix qui dérape, fixe le journaliste avec un mélange de fragilité, de tristesse et de détermination. A 21 ans, cette jeune Portugaise qui termine son apprentissage de commerce est désormais seule à s'occuper de son fils de 14 mois. Son compagnon et père de l'enfant, A., Cap-Verdien de 25 ans, a été tué lundi à Vevey, mortellement blessé en pleine rue et en plein milieu de journée, dans une rixe (LT du 9.03.2004) dont la brutalité a frappé tous les témoins. A quelques mètres de là, les fleurs et les petits mots s'entassent contre la vitrine devant laquelle A. est tombé. «Courte a été ta vie, car ta flamme a cessé de brûler. Elle brûlera toujours dans mon cœur», écrit une main anonyme. «Pour toi Nono, qui nous a protégés ici, protège-nous de là-haut», dit une autre carte. Les calligraphies sont jeunes, «Nono», comme tout le monde l'appelait, était très connu de toute une frange d'adolescents de la ville. «Ce n'est pas une histoire de Blancs et de Noirs, il ne faisait pas de différence, il avait aussi des amis yougoslaves et albanais», souligne L. Arrivé en Suisse voilà dix-sept ans, installé d'abord dans le Bas-Valais puis sur la Riviera, A. avait, dit sa compagne, «beaucoup souffert de violence gratuite, du racisme». Il en avait gardé une susceptibilité à fleur de peau et le sang bouillant. Il était connu de la police régionale, mêlé à d'autres bagarres. Le fait qu'il se promène toujours avec son pit-bull Cyrus, tué aussi à coups de couteau dans la bagarre de lundi, n'avait rien fait pour lui donner une image pacifique. Pour L., l'animal était «gentil». Quant à A., «c'était dit-elle, quelqu'un avec qui je me sentais en sécurité». Le reste, elle l'écarte d'un revers de la main. «Il avait ses problèmes, comme tout le monde», dont celui d'être depuis quelque temps au chômage, lui qui travaillait habituellement sur des chantiers. Et surtout, insiste la jeune femme: «Il n'était en rien mêlé à l'histoire qui a mené à la rixe. C'est son cousin qui a été mêlé à des embrouilles.» «Embrouilles.» Sans doute le mot qui résume le mieux l'enchaînement des événements qui ont conduit à une mort d'homme. Cherchant toujours à y voir clair, la police est avare de détails. Parmi les jeunes étrangers de Vevey circule le rappel d'une «frottée» entre deux frères albanais du Kosovo et le cousin de A., voilà quelques mois, à Montreux. Elle aurait allumé la mèche et conduit à une première bagarre, déjà violente, samedi, au centre commercial Saint-Antoine de Vevey. «Ça a commencé dans les escaliers qui mènent au McDonald's, deux Blancs et deux-trois Noirs se sont empoignés», raconte un témoin. Une première fois séparés, les protagonistes se sont retrouvés un peu plus tard au sous-sol. Les coups ont volé, les chaises aussi. La sécurité du centre commercial, débordée, a dû faire appel à la police. Mais lorsqu'elle est arrivée, la plupart des protagonistes étaient déjà partis. Les uns ont-ils décidé de retrouver les autres pour «laver l'affront»? Tout semble l'indiquer. «A. n'allait pas chercher la bagarre, il allait chercher du travail», dit sa compagne. Mais lundi à 13 h 15, à l'entrée de la très commerçante rue du Simplon, à Vevey, les deux Cap-Verdiens se sont heurtés à deux Albanais du Kosovo avec une brutalité extrême. Avant qu'un couteau ne sorte, on s'est affrontés à coups de barre de fer, piquées sur un chantier voisin: «On sentait qu'ils cherchaient la mort», dira un témoin au journal régional La Presse. Si les uns et les autres semblent se connaître, les recherches de la police n'en ont guère été facilitées. Mardi, le juge d'instruction Hervé Nicod annonçait dans un bref communiqué que «deux suspects interpellés lundi ont pu être mis hors de cause». Un autre, en revanche, a été formellement identifié. La police recherche un ressortissant de Serbie-Monténégro, âgé de 23 ans, habitant Vevey, et en fuite. La rumeur de la rue fait état de gens «immigrés pendant la guerre du Kosovo». Les responsables de la communauté n'en disent pas plus et se montrent seulement atterrés: «Je n'ai pas dormi de la nuit, soupire l'un d'eux, pour nous c'est un immense chagrin, nous exprimons toute notre compassion pour la victime.» Mais les regrets des patriarches ne rendent pas plus contrôlables les jeunes violents. «Il n'y a pas de problème ethnique entre Africains et ressortissants de l'ex-Yougoslavie», estime Stephan Hürzeler, animateur de rue à Vevey. En revanche, il constate que des jeunes sans formation ni place de travail «se montrent toujours plus portés à résoudre avec des coups le moindre différend». Souvent une banale et de l'extérieur incompréhensible question de «respect», et parfois aussi des rivalités exacerbées par des trafics de drogue. Des batailles brutales ont été enregistrées autour d'affaires de cocaïne. Le juge, pour l'heure, ne hasarde aucun mobile. Ni le municipal de police, Pierre-Alain Dupond, ni le commandant des agents veveysans, Michel Francey, n'évoquent un antagonisme raciste entre de larges groupes: «Il existe, mais c'est le problème de quelques individus bagarreurs, toujours à la limite. Comment les retirer de la circulation?» interrogent ces responsables. A Vevey, où cette mort très publique a frappé les esprits, déclenché d'innombrables discussions dans les classes, et mobilisé le service psychologique des écoles, la crainte d'un engrenage de nouvelles violences et de représailles habite néanmoins les autorités. «Ça va être la guerre», pronostiquent certains excités des trottoirs. «Ne réfléchissez pas avec les couteaux», répète L.
Le Temps - Laurent Busslinger - Mercredi 10 mars 2004 |
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