FACTEURS D'INTEGRATION, DIFFICULTES.
Quels sont les aspects à prendre en compte pour une intégration qui soit un échange entre personnes de cultures différentes et non une assimilation? (voir Intégration?)

Nous relevons ci-après quatre conditions qui nous apparaissent essentielles;

- La connaissance de la langue française ou de la langue du lieu d'accueil.

- L'insertion économique, la participation au marché de l’emploi

- Le réseau social

- L’appartenance

1 La connaissance de la langue française ou de la langue du lieu d'accueil

La maîtrise de la langue du pays d’accueil joue un rôle essentiel dans le processus d’intégration notamment pour l’accès aux prestations dans le domaine de la santé, du travail ou de la formation. L’apprentissage de la langue est un processus extrêmement long. Sans offres spécifiques de cours de français cette acquisition est à peine réalisable. L’objectif de l’intégration linguistique est surtout d’arriver à se faire comprendre par les indigènes dans la vie quotidienne. Mais cela permet aussi au réfugié de sortir d’une forme d’isolement dans son groupe ethnique. La connaissance de la langue nationale sera un premier pas pour les contacts avec les Suisses de son quartier et de sa ville.

L’acquisition d’une langue nationale pose de grandes exigences aux requérants d’asile. S’il leur manque la motivation, ce critère d’intégration ne sera pas atteint, même avec les offres pédagogiques les plus perfectionnées. Il faut souligner que la motivation à acquérir la langue est variable selon les étapes du processus dans lequel un exilé se trouve. Une personne qui vient d’un pays en guerre par exemple, se trouve dans une dynamique de survie et ce sera extrêmement difficile pour elle d’apprendre la langue française dès son arrivée. De plus, il est essentiel d'avoir un projet , de bonnes raisons pour acquérir une langue. Savoir que demain on peut être renvoyé n'aide pas. Les motivations première à apprendre le français sont: Trouver une activité professionnelle et espérer ainsi mettre toutes les chances de son coté pour obtenir un permis B, aider ses enfants à l'école, communiquer avec son voisin. Lorsqu'on vient régulièrement au cours, d'autres besoins apparaissent: se sentir moins seul, être accueilli, partager ses soucis, comprendre nos us et coutumes, nos exigences, et tout simplement parler avec quelqu'un qui écoute. Nous remarquons de grandes difficultés pour certains d'acquérir le français, un peu comme s'ils étaient incapable d'enregistrer la matière. Ils nous disent: « J'ai la tête ailleurs, remplie par les problèmes...mon passé…ma famille dont je n'ai pas de nouvelles...l'ennui du pays...le permis de séjour qui n'est pas encore renouvelé.. pas de travail...on ne nous aime pas...on est seul... »

Pour une personne qui a un statut plus stable (permis B ou C) et qui par conséquent peut développer un réel projet d'avenir, il est plus évident de se motiver. Toutefois tout le monde n'est pas égal en la matière. En effet, il est difficile de mener une activité professionnelle (souvent avec des collègues eux aussi étrangers) et avoir accès à des cours de langue. L'apprentissage peut se faire lorsqu'on est au chômage et par conséquent au bénéfice de mesures de réinsertion professionnelle. Ce qui est un drôle de paradoxe!

2 L'insertion économique, la participation au marché de l’emploi

Les indicateurs sont :

- L'existence d’un emploi

- Le niveau de satisfaction par rapport à l’emploi

- Le salaire, niveau de vie et pouvoir d’achat

- Les études et formations en correspondance avec le travail

En Suisse, le travail est considéré comme le facteur principal d’intégration des étrangers. Le travail procure en premier lieu l’indépendance financière. Il est directement lié à la consommation, au prestige social et à l’estime de soi. En plus de la dimension économique, le travail représente aussi une importante composante sociale : c’est par son intermédiaire qu’ont lieu la communication et les contacts avec d’autres personnes souvent différentes de la famille de l’étranger. Une personne qui n’a pas accès au monde du travail ou qui ne parvient pas à s’y affirmer se trouve très rapidement en marge de la société. Un étranger en Suisse est mieux accepté s’il travaille, dans le cas contraire il est souvent perçu comme un profiteur, voire même un criminel.

Mais notre politique d'accueil n'offre pas à tous les mêmes chances. Il est très difficile pour un requérant d'accéder à une activité professionnelle....quand il a le droit de travailler et sans parler du type d'emploi et du salaire (12 à 16.-de l'heure) proposé. Pour beaucoup d'hommes requérants d'asile, c'est la grande déception: Comment avoir suffisemment d'estime de soi pour "tenir debout" lorsqu'on ne peut pas subvenir aux besoins de sa famille ou entreprendre une activité en rapport ses compétences. A la durée de l'attente d'une amélioration de la situation s'ajoute une habitude qui se crée, celle de l'assistanat et avec elle, la dépression larvée. Notons que des personnes se voient refuser un permis de travail, car celui-ci est en terre valaisanne, à dix kilomètres du domicile aiglon! Beaucoup sont découragés et finissent par abandonner les recherches.

3 Le réseau social :

- Participation à la vie sociale du lieu de vie. Les témoignages démontrent l'envie des personnes étrangères d'entrer en relation, mais aussi leur déception: "Les Suisses nous regardent de travers, ils ont peur de nous, j'aimerais parler plus souvent en français, avoir des amis d'ici, mais c'est pas facile d'avoir des contacts. Chez nous, on vit dans la rue, les uns chez les autres, on fait souvent la fête spontanément, ici c'est chacun pour soi!"

- Participation aux activités de groupes ou associations, aux diverses fêtes et manifestations organisées à l’intérieur ou à l’extérieur du groupe ethnique.

Cette participation peut être définie comme l’indicateur de « l’intégration interne » qui sert le maintien et le développement de la culture propre à la communauté et du soutien mutuel des membres de celle-ci. Comme certains travaux le soulignent, cette intégration interne a une influence positive sur la participation des membres de la communauté à la vie sociale et économique du pays d’accueil (1). En effet, les activités au sein de la communauté d’origine peuvent répondre aux besoins de sociabilité et de soutien des membres de la communauté qui peuvent ainsi se sentir mieux dans leur nouvel environnement et probablement plus ouvert au contact avec les membres de la société d’accueil.

Nous constatons que les membres de communautés étrangères qui font partie d'une association ont plus de facilité à vivre en Suisse, avec cependant un risque de repli sur soi. Mais ces associations jouent un rôle important au niveau de l'accueil, de l'échange, d'un bien-être relationnel et de la conservation des racines. Il est important de favoriser de tels regroupements. A Aigle, c'est le cas pour les communautés espagnoles, italiennes, portugaises ou angolaises. C'est une autre paire de manches pour les ressortissants du Kosove, par exemple. Les raisons sont multiples, notons la difficulté à se mettre ensemble en route pour un projet commun, mais aussi une certaine peur de la population aiglonne, qui ne serait pas très favorable à un tel projet.

4 L’appartenance :

- Sentiment d’attachement au quartier, à la région, signes d’appartenances.

- Intérêts portés aux événements se déroulant dans la ville ou le pays à travers les médias.

Plus une personne se dote d’un sentiment d’appartenance à un lieu de vie, plus elle s’intéressera à ce qui s’y passe. Elle participera ainsi davantage à la vie sociale et économique de sa région et cela lui permettra d’autant plus de faire des projets et de gagner de l’assurance pour la suite de son séjour.

La Fête des Couleurs est l'occasion pour beaucoup de construire un peu d'appartenance à une ville, un quartier tout en cultivant quelque chose de ses propres racines! Relevons toutefois, que nous avons été confrontés à des musiciens qui ne pouvaient s'engager, car ils ne savaient pas si leur permis N ou F serait renouvelé.

5 Remarques

Un ancien chef de section de l’Office fédéral des réfugiés déclarait, il y a quelques années, qu’il faut compter jusqu’à trois générations pour parler d’intégration : « La première génération de réfugiés ne parvient qu’au niveau de l’adaptation à la société suisse, et ce n’est que la deuxième génération qui peut s’intégrer, quant à la troisième génération on pourrait parler d’assimilation » (2).En tous les cas et même si nous pouvons espérer que la troisième génération puisse garder et offrir à la société d'accueil quelque chose de ses racines, quelque chose de l'expérience migratoire de ses grands-parents et non seulement s'assimiler , il faut convenir que le processus d'intégration dans le sens d'un échange interculturel, est long, semé d'embûches et de questions!

Ce sont les plus jeunes qui, par la voie scolaire en particulier, se retrouvent le plus vite dans un processus d’intégration, un processus qui rentre souvent en confrontation avec les problèmes qu’ont les parents de s’intégrer. Nous recueillons de nombreux témoignages, dans le quartier de la Planchette, concernant la crainte qu’ont les personnes étrangères, spécialement les requérants d'asile, de retourner dans leur pays d’origine après plusieurs années de séjour en Suisse. Une des principales raisons invoquées est le problème du déracinement des enfants qui ont, d’une certaine façon, adopté la Suisse comme terrain social de prédilection et comme lieu du « chez soi ».

Pour un service comme le nôtre qui vise une aide à l'intégration, comment travailler lorsqu'une part importante des usagers sont des requérants de loin pas assurés de rester dans notre pays?

Quoiqu’il en soit, l’intégration est étroitement liée à une notion d'accueil. En effet, lorsque des exilés arrivent dans une nouvelle société, qu’ils soient assurés ou non de pouvoir y résider avec un statut reconnu, ils sont confrontés à un ensemble de problèmes inhérents à toute situation de déracinement. L’accueil que la société d’arrivée offre aux exilés influence de manière considérable leurs chances de résoudre ces problèmes, autrement dit leur intégration, même temporaire, dans le nouveau contexte de vie. De plus, pour les exilés autorisés à rester dans le pays, l’accueil peut aussi affecter le processus d’installation à long terme. La mise en place d’un dispositif d’accueil suppose que des choix soient faits, des priorités établies quant au parcours d’intégration ( ou de mise à l’écart, voire d’exclusion) qui leur est proposé. Ce dispositif définira les conditions juridiques, économiques et sociales de leur participation à la société d’accueil. Le dispositif d’accueil assure le premier contact des exilés avec une réalité inconnue et c’est lors de ce contact qu’ils aperçoivent les valeurs, normes et pratiques quotidiennes valorisées dans le nouveau milieu.

Ainsi, nous croyons que ce premier contact dans l’accueil de l’exilé est déterminant pour la suite, car il va prédisposer les personnes exilées mais aussi les accueillants pour la suite, c’est à dire la forme de cohabitation et d’intégration mutuelle de deux cultures amenées à vivre ensemble pour une durée plus ou moins longue. Nos activités ont été imaginées dans cette perspective.

1 BOLZMAN Claudio, : Exil, dynamique socioculturelle et participation sociale – le cas de la migration chilienne en Suisse. Thèse de doctorat, université de Genève, 1992. P59, 65-66, 469.

2 Rahmann A. (1994), L’intégration des réfugiés reconnus dans le canton de Vaud. IDHEAP, p3

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