TEMOIGNAGE DE JOSEPH (Côte d' Ivoire)
Observations générales

Partant du contexte biblique, on remarque que le phénomène de migration est un phénomène bien fondamental. Depuis la genèse nos différents peuples se sont toujours déplacés et ceci pour différentes raisons.

Jésus fils unique de Dieu, après sa naissance dut s’enfuir de Bethlehem pour se réfugier en Egypte, pour échapper au glaive du terrible Hérode. Si l’on s’en tenait aux termes politiques d’aujourd’hui, il a donc été réfugié politique. Bien auparavant, suite a une famine qui avait sévit dans leur contrée, les enfants d’Israël durent partir vers l’Égypte pour chercher du pain. Pouvaient-ils alors être considérés comme réfugiés humanitaires ?

Beaucoup de déplacements de population ont eu lieu de par la volonté de conquérir des territoires nouveaux.

Aujourd’hui, on part de chez soi pour plusieurs causes désastreuses qui font partie de notre quotidien

Le fait le plus dramatique souvent déploré dans certains pays est celui de la famine. Ceci est du à des terres arides, incultivables, suite à des catastrophes naturelles persistantes de tous genres, ou alors a des guerres civiles et intertribales.

On fait aussi face à cette société africaine qui est sous organisée et mal instruite vis à vis de la civilisation moderne. Cette culture africaine est rythmée par ses dogmes. On a souvent tendance à les imposer à notre jeunesse. Dans nos villes et nos villages d’Afrique, la population juvénile est victime d’un grave fléau Celui des comportements mystiques, de la sorcellerie, des jalousies et des haines interethniques.

Des autres raisons de déplacements de population sont des systèmes politiques mal instaurés, des systèmes liés a des théologies dictatoriales, instruits par des idéologies tribales, souvent contraires à l’opinion d’une grande majorité de la population. C’est souvent suite à un désastre économique. Ce qui entraîne un soulèvement de population qui dégénère par des règlements de compte de très grande ampleur, voir des guerres civiles.

La suite de ce texte constitue le témoignage de certains d’entre nous. Partis de leur lointain, à la recherche d’une terre d’accueil paisible et agréable nous essayons de braver le quotidien qui se présente devant nous. Quel que soit ce dernier, il est toujours mieux que notre quotidien antérieur lointain !

Témoignage personnel

Né dans un pays d’accueil africain et de parents immigrés, ma vie ne pouvait être qu’une suite d’émigrations, d’Etat en Etat. Placé en famille d’accueil, dès l’âge de trois ans, mon parcours quotidien s’est avéré un véritable calvaire: Transfert de famille en famille à cause de sévices de tous genres, victime de plusieurs maux dans cette société africaine déstabilisée. Mon parcours débute au Cameroun. J’ai transité par le Tchad et terminé en Côte d’Ivoire, contrée de ma mère. Ayant retrouvé ma racine maternelle, et me trouvant à un âge déjà avancé de mon adolescence, je pus et dus prendre très tôt mon autonomie.

En 1994, je pars de N'Djamena ou ayant passé quatre années de durs moments (fausses accusations), il était très difficile d’imaginer un avenir. Marginalisé et séquestré moralement, de cette période ne restera que des blessures à long terme ! Exerçant dans la contrée de Doba des tâches rudes, afin de pouvoir subvenir à ma scolarité, c’est l’espoir d’une instruction sûre au collège de Bonne Espérance. Mais elle se révèle très précaire ( manque total d’infrastructure et de logistique et une absence d’enseignant qualifié, uniquement des bénévoles).

Ce fut pour moi le début d’un long périple qui devait continuer vers la Côte d’Ivoire échappant à un traitement non loin de l’esclavagisme, parce que j’étais seul, seul face à mes souffrances et à mon destin.

Considérant mon arrivée à Treichville comme la fin d’un épisode sombre truffé d’embûches, je débarque à Abidjan. A l’époque ville de joie, de paix, ville de référence en Afrique sur presque tous les plans, à savoir politique, économique et socioculturel.

Dans ce contexte, j’ai pu accroître mon niveau d’instruction par des formations qui m’ont permis de pouvoir me faire valoir plus tard sur le marché du travail.

Mais au vu de certaines différences ethniques, j’ai été victime à certains moments d’un tribalisme violent.

De Cocody à Grandbassam en passant par Treichville jusqu’à Sakassou, au fil de mon séjour et selon les tensions qui régnaient déjà dans le système politique sur place et qui généraient des querelles entre groupes ethniques tels : Bété Baoulé, Senoufo et autres. Ceci a détérioré le mode de vie de ma mère native de Bouaké et d’ethnie Baoulé. Avec le soutien familier de tantes et cousins maternels, après cinq années d’intenses activités, j’ai pu me procurer l’achat d’une parcelle de 300m2 d’un montant 2000-ch., situé à 42km de Bouake dans la localité de Sakassou. Mon seul souci était de pouvoir m’intégrer définitivement et donner un sens a ma vie. Mais il naquit un climat d’hostilité totale avec le coup de force mené contre le régime en place en fin 1999 par des insurgés.

Il s’est avère que l’achat du dit espace foncier fut l’objet de graves litiges, causant des incidents entre autochtones, accompagnés de diverses voies de fait : menaces de mort, haines tribales et rancunes diverses.

Ma vie quotidienne était faite de diverses relations, principalement celle d’avec mon ex patron d’origine espagnole qui plus tard m’ouvrit les chemins de l’exil européen.

Certainement un exil qui aura sa raison d’être: L' instabilité de la situation politique sur place donnait naissance a des conflits tribaux, suivis de règlements de compte, autant personnels que d’un ordre général. J’avais un membre de ma famille qui faisait partie d’un corps d’élite. Je partageais une grande complicité avec ce dernier qui avait des idéaux contraires a ceux du système en place. Cela ne me garantissait plus un séjour en sécurité après l’insurrection d’Abidjan en 1999 à laquelle certains de mes proches avaient participé. J’étais impliqué d’une manière ou d’une autre. Il était devenu impossible de continuer à vivre là-bas. C’est ainsi que naquit l’idée de m’exiler.

En 2001, je fis une première tentative infructueuse pour quitter la Côte d'Ivoire. Elle échoua aux larges des côtes de Tanger . C’était le retour vers la case départ. L’idée d’échapper aux crépitements des armes, à l’insécurité grandissante, à la haine des uns continuait à mûrir. je voulais échapper à cet avenir obscur qui m’était reservé. Partir n’était plus que ma seule devise, même au risque de ma vie, afin de postuler à un avenir meilleur.

Octobre 2002 fut l’année qui m’ouvrit les portes du grand Nord , grâce à Monsieur l’espagnol, Paolo Cruz, coiffé du titre d’exportateur auquel était mêlé celui de passeur. Je devais arriver en Espagne, mais finalement après diverses péripéties je débarque en Suisse, cet octobre 2002, avec le plaisir et la joie de pouvoir reconstituer les morceaux qui me composaient: sur le plan moral physique et social.

J’ai vécu un accueil très chaleureux en Suisse. Dès lors j’ai pu renaître de nouveau, car j’ai trouvé un pays de paix dans lequel l’avenir et la stabilité sont garantis. Je n’ai pu quà me sentir satisfait du système et avec pour seul objectif de pouvoir m’intégrer, afin de me définir un avenir concret

Les débuts se sont avérés difficiles, à cause du passé vécu, mais je me suis tout de même rétablit et je peux dire qu’actuellement, tout va pour le mieux.

La Suisse est un état de multinationalités, elle est très accueillante et hospitalière. Dire que j’ai été victime d’indifférence ou encore du pire fléau qu’est le racisme de la part du vrai Suisse serait exagéré. Mais il faut bien faire une différence entre Suisses (d’origine suisse) et Suisses (d’origine étrangère). Parfois ces derniers perdent totalement la considération de l’étranger qu’ils ont été avant. Personne n’a choisi d’être ce qu’il est aujourd’hui, car les différences de couche sociale sont érigées par l’homme. Elles ont souvent suscité en moi le sentiment d’être considéré d’homme très très inférieur. Mais par ma force de croyant, et devant Zambè (Dieu), il n’y a d’homme plus grand, ni moins grand.

La chemise de requérant d’asile dont j’ai été habillé n’est pas toujours la bonne tenue vestimentaire chez certains employeurs.

En fuyant les mauvaises conditions dans mon Afrique, je suis venu en Suisse avec pour principal objectif, non seulement d’avoir la paix, mais aussi de pouvoir travailler, afin de mieux me socialiser. Je rencontre des difficultés dans le monde du travail, à cause non pas d’un manque de qualifications, mais plutôt du fait que je suis en possession d’un titre de séjour qui n’est pas fiable (permis N). Je suis contraint de me plier à des tâches difficiles, afin de pouvoir conserver ma dignité.

Joseph, 5 mars 2004

Obtenir un permis B

Yambé