PARLONS - EN
Parlons de la « montée » d’idéaux protectionnistes et de commentaires politiques franchement racistes, de la progression des discriminations de toutes sortes (dans les domaines du travail, de la santé, du logement), de la stigmatisation de certaines personnes et en particulier des étrangers…

En tant que citoyen suisse, je veux affirmer mon plaisir de te côtoyer, toi le requérant ! Je ne me reconnais pas dans une poussée inquiétante vers l’extrême de droite ! Je te tends la main !

En tant que professionnel des questions liées à la migration, je veux m’opposer à une information partielle, incomplète ! Je me tiens à disposition pour rétablir la vérité ! Je te remercie de m’avoir fait entrer dans ton chemin d’exclu, même de ton propre pays !

En tant que chrétien et ministre, je m’associe aux textes bibliques qui nous invitent à « l’accueil de l’étranger » et je me souviens que Dieu t’appelle par ton nom et connaît jusqu’au nombre de tes cheveux, toi mon frère et toi ma soeur venus d’ailleurs ! Je veux être témoin de la Vérité, celle qui conduit sur le chemin de l’amour de soi et de son prochain !

L'exclusion, c'est quelque chose que j'ai vécu et qui fait mal. J'étais enfant et je ne comprenais pas pourquoi les autres ne m'acceptaient pas. Pour ma part, ce n'était pas un problème de nationalité, tout simplement, ma naïveté naturelle faisait de moi la cible idéale, le bon bouc -émissaire. L'exclusion, quelles que soit les raisons ne se comprend pas. Elle se vit au fond des tripes et du coeur, elle laisse une marque indélébile.

Pourquoi moi? C'est la question que je me posais! Aujourd'hui, je peine encore à comprendre. L'injustice, le rejet « gratuit » ne s'explique pas.

Par exemple, sauriez-vous dire à un enfant de migrant, qui a fait ses écoles en français, qui a ses habitudes et ses copains, qui a passé dix années en Suisse, qu'il ne peut pas rester, qu'il n'est pas désirable, que notre terre n'est pas la sienne? Pourquoi? Tout simplement parce que ses parents ne sont pas au sens de notre loi d'asile de « bons requérants »
Pourtant il a vu son père partir tous les matins et revenir exténué chaque soir de son travail sur un chantier. Malheureusement, il s'est "cassé" le dos et il n'est plus question qu'il profite de l'aide sociale!
Il parait que 90% des requérants sont des « faux », des menteurs et des profiteurs! Curieux, mais dans mon activité à la Planchette, cela ne m'a pas sauté aux yeux. J'ai surtout vu de vraies personnes, avec de vrais besoins. Mais il est vrai qu'avoir faim, ne pas pouvoir nourrir sa famille n'est pas une raison suffisante pour chercher ailleurs un peu de sécurité !

Lorsque quelqu'un noue des contacts avec une famille étrangère, il est souvent le premier à se mobiliser pour la défendre: « Pas eux, on les connaît; eux ce sont des vrais requérants ». Je fais le pari que si ces derniers avaient tous de tels"parrains" qu'on ne trouverait plus 90% de « faux »!

Ma conclusion est simple. L’être humain est ce qu’il est, ici ou ailleurs. Nous ne sommes pas « meilleurs » que ceux que nous renvoyons « chez eux » sans autre forme de procès et sans beaucoup d’humanité ! Notre mémoire est courte. Nous oublions que notre richesse est en partie due à l’argent «sale» et à celui placé par certains dictateurs, devant lesquels beaucoup ont dû fuir ! Mais l’argent n’a pas d’odeur.

Et si nous mettions notre énergie et notre argent pour stimuler les économies locales, pour lutter concrètement contre toutes formes de dictatures, et si chacun pouvait garder ses racines, son identité, choisir sa terre en toute sécurité ?

Ils me disent tous : « On aimerait vivre chez nous, là où se trouve notre famille, nos amis…si seulement on pouvait offrir à nos enfants une vie décente! »

Pour tous ceux qui veulent comprendre, qui désirent ne pas se faire avoir par des slogans trompeurs et ravageurs, des slogans qui attisent la peur et la méfiance de l’autre, je vous invite à prendre le temps de lire nos dossiers sur ce site.

Faux réfugiés

Editorial novembre 04